Charles Krebs : un parcours scientifique bouleversé par un accident
L’histoire de Charles T. Krebs est particulièrement intéressante lorsqu’on souhaite comprendre les origines et certaines évolutions de la kinésiologie moderne.
Charles T. Krebs, PhD, est présenté par UBC Press comme biologiste et physiologiste appliqué. Sa trajectoire change brutalement en 1982, à la suite d’un grave accident de plongée qui le laisse paralysé des membres inférieurs.
Il raconte cette expérience et le chemin qui en découlera dans son ouvrage A Revolutionary Way of Thinking: From a Near Fatal Accident to a New Science of Healing, traduit en français sous le titre La Kinésiologie selon le Dr Charles Krebs.
Dans l’édition française photographiée pour préparer cet article, son accident est présenté comme le point de rupture entre deux périodes de son existence : celle du scientifique qu’il était jusque-là et celle d’un homme qui va progressivement s’intéresser au fonctionnement du cerveau, à la récupération et à différentes approches complémentaires.
Cet événement sera finalement déterminant dans son orientation vers la kinésiologie.
De la biologie à l’exploration de la kinésiologie
Charles Krebs n’arrive donc pas dans le monde de la kinésiologie par un parcours classique. Il vient du domaine scientifique.
Il commence sa carrière comme biologiste marin, enseigne aux États-Unis puis travaille dans la recherche en Australie. Après son accident de plongée et au cours de sa récupération, il expérimente différentes approches complémentaires. Selon sa biographie publiée par UBC Press, il trouve la kinésiologie particulièrement utile dans son parcours et consacre ensuite plusieurs années à l’étude de la médecine énergétique et de la physiologie appliquée.
Mais son intérêt ne s’arrête pas à son expérience personnelle. Avec sa formation scientifique, Charles Krebs cherche à comprendre ce qui pourrait se passer derrière ce qu’il observe.
Il étudie alors la kinésiologie, la physiologie appliquée, les connaissances relatives au système nerveux et différentes conceptions issues des médecines orientales. Cette rencontre entre son parcours scientifique et la kinésiologie constituera une part importante de son travail ultérieur.
Le test musculaire envisagé comme un système de biofeedback
L’un des passages particulièrement intéressants de son ouvrage concerne le test musculaire.
Charles Krebs y présente le principe du monitoring musculaire en faisant le parallèle avec un système de biofeedback. Lors d’un test musculaire, le praticien applique une pression précise sur un muscle placé dans une position déterminée et observe sa capacité à maintenir cette position.
Pour Krebs, l’intérêt n’est donc pas simplement de déterminer si une personne possède un muscle « fort » ou « faible ». Il s’intéresse davantage à la manière dont la réponse musculaire peut être utilisée comme une information dans un système de rétroaction.
C’est une distinction essentielle pour comprendre l’approche qu’il décrit : le muscle n’est pas envisagé uniquement pour sa force physique, mais comme un élément permettant au praticien d’observer une réponse du système au cours du test.
Stress, cerveau et réponse musculaire
Charles Krebs s’intéresse également à ce qui peut perturber cette réponse.
Dans son livre, il développe notamment l’idée qu’un événement stressant, une information sensorielle ou certains processus mentaux peuvent modifier momentanément l’organisation de la réponse musculaire observée.
Cette réflexion l’amène progressivement vers une question beaucoup plus vaste : comment le cerveau organise-t-il, coordonne-t-il et intègre-t-il les informations qu’il reçoit ?
Son ouvrage aborde ainsi de nombreux thèmes : apprentissage, dominance cérébrale, stress, mouvement, fonctions Gestalt et logiques, intégration cérébrale, processus mentaux ou encore facteurs environnementaux.
La kinésiologie devient alors, dans son travail, une porte d’entrée vers une réflexion plus globale sur les relations entre cerveau, corps, stress, mouvement et apprentissage.
La rencontre avec Richard Utt et la physiologie appliquée
Dans son récit, Charles Krebs évoque également sa rencontre avec Richard Utt, fondateur d’une approche appelée Applied Physiology.
Cette rencontre joue un rôle important dans son cheminement. Krebs cherche en effet à obtenir une explication du test musculaire compatible avec sa compréhension de la physiologie et du fonctionnement neurologique.
Il approfondit alors le principe du monitoring musculaire et développe progressivement ses propres travaux autour des mécanismes d’intégration cérébrale.
LEAP : travailler autour de l’intégration cérébrale et de l’apprentissage
Charles Krebs est l’un des fondateurs du Learning Enhancement Acupressure Program (LEAP). UBC Press indique qu’il a ensuite effectué des recherches, enseigné et donné des conférences à l’international sur LEAP, la kinésiologie, l’anatomie, la physiologie et la neurologie.
Le programme s’intéresse notamment aux processus liés à l’apprentissage et à l’intégration des fonctions cérébrales.
Son parcours est ainsi passé d’une expérience personnelle de récupération à une exploration professionnelle de la physiologie appliquée, de la kinésiologie et des processus d’apprentissage.
Un ouvrage qui va bien au-delà du simple test musculaire
La Kinésiologie selon le Dr Charles Krebs est particulièrement intéressant par l’étendue des sujets qu’il aborde.
Le sommaire de l’ouvrage comprend notamment le processus de l’apprentissage, les hémisphères cérébraux, les fonctions logiques et Gestalt, les difficultés d’apprentissage, le stress, l’intégration cérébrale, le mouvement et le cerveau, le système vestibulaire, les techniques de désamorçage du stress émotionnel et différents facteurs environnementaux.
Dans ses dernières parties, l’ouvrage s’ouvre également à des réflexions plus philosophiques sur la conscience, l’esprit et différentes conceptions de la réalité.
Cette largeur de vue est probablement l’une des raisons pour lesquelles son travail reste connu dans certains courants de la kinésiologie.
Quand une expérience personnelle devient une recherche
Ce qui est particulièrement intéressant dans le parcours de Charles Krebs, c’est qu’il ne semble pas avoir découvert la kinésiologie parce qu’il cherchait initialement à en devenir praticien. Il l’a rencontrée dans une période où sa propre vie avait été profondément bouleversée.
Son parcours l’a ensuite amené à chercher à comprendre : comment interpréter le test musculaire ? Quel rôle attribuer au système nerveux et au cerveau ? Comment le stress peut-il modifier le fonctionnement ou l’apprentissage ?
Ces interrogations ont accompagné plusieurs décennies de son parcours professionnel.
Peut-on pour autant dire que Charles Krebs a « prouvé scientifiquement » la kinésiologie ?
Il est important ici de conserver une distinction.
Le parcours de Charles Krebs constitue un témoignage personnel particulièrement marquant et le travail d’un scientifique devenu spécialiste de la kinésiologie et de la physiologie appliquée.
Cela ne signifie pas que son expérience personnelle constitue, à elle seule, une preuve scientifique
de l’efficacité clinique de toutes les pratiques regroupées sous le terme de kinésiologie. Une
expérience individuelle, même vécue et étudiée par un scientifique, n’a pas la même valeur méthodologique qu’un essai clinique contrôlé.
Cette nuance n’enlève rien à l’intérêt de son parcours. Elle permet au contraire de présenter la kinésiologie avec sérieux : observer, expérimenter et chercher à comprendre, tout en distinguant expérience, hypothèse et preuve scientifique.
Pourquoi son parcours reste intéressant pour comprendre la kinésiologie aujourd’hui ?
L’histoire de Charles Krebs montre surtout que certains courants de la kinésiologie ont cherché à dépasser une conception purement mécanique du muscle pour explorer les interactions entre réponse musculaire, stress, apprentissage et fonctionnement cérébral.
Le test musculaire y occupe une place particulière : il est utilisé comme outil d’observation dans le cadre de la séance, et non comme outil de diagnostic médical.
Charles Krebs : du visible à l’invisible du fonctionnement humain
Le parcours de Charles Krebs rejoint finalement une idée centrale de son travail : derrière une réaction visible peuvent intervenir des mécanismes complexes et moins immédiatement perceptibles.
Stress, émotions, apprentissages, expériences passées et réactions corporelles peuvent interagir de manière complexe.
Son travail a cherché à construire des ponts entre plusieurs univers : biologie, physiologie, fonctionnement cérébral, traditions orientales et kinésiologie.
Que l’on adhère ou non à l’ensemble de ses hypothèses, son histoire constitue un témoignage important dans l’évolution de certains courants de la kinésiologie et dans la recherche de compréhension qui les a accompagnés.
Pour aller plus loin – sources et références
- Charles T. Krebs – biographie, UBC Press : https://www.ubcpress.ca/charles-krebs
- Tania McGowan & Charles Krebs, Energetic Kinesiology: Principles and Practice, Jessica Kingsley Publishers / Handspring Publishing.
- Charles T. Krebs, A Revolutionary Way of Thinking: From a Near Fatal Accident to a New Science of Healing.
- Édition française photographiée : La Kinésiologie selon le Dr Charles Krebs, Éditions Résurgence, 2e édition, ISBN 2-87211-030-5.
- Photographies fournies pour cet article : quatrième de couverture, sommaire et extraits de l’ouvrage, notamment les passages sur le monitoring musculaire, le biofeedback, le stress et l’intégration cérébrale.
À propos de ma pratique
Dans ma pratique de kinésiologue intuitive, le test musculaire constitue un outil central de la séance.
Il permet d’observer les réponses du corps face à différents stress et d’orienter le travail vers les équilibrations adaptées à la personne.
Mon approche s’intéresse notamment aux mémoires émotionnelles et cellulaires, aux schémas répétitifs et aux différents stress susceptibles d’influencer notre équilibre présent, dans une démarche complémentaire qui ne se substitue ni à un diagnostic ni à un suivi médical.
Émilie Allétrut
Kinésiologue intuitive certifiée
Muzillac – Morbihan (56)